Mon interview avec Abcdr du son

Retrouvez mon interview de 2012 avec Abcdr du son

Abcdr Du Son : On te voit souvent comme le grand frère de plusieurs artistes du rap français. Est-ce qu’il y a des gens qui t’ont tendu la main à tes débuts comme tu as pu le faire pour d’autres par la suite ?

Manu Key : J’ai commencé au début des années quatre-vingt-dix à écouter du rap à la maison, notamment sur Radio Nova. A l’époque, j’étais très inspiré par Renaud Séchan qui écrivait des textes fabuleux sur la société, en mêlant dénonciation et vannes. C’est ce qui m’a donné envie d’écrire et j’essayais de recopier ses textes. J’avais un cahier dans lequel je recopiais ses paroles quand ses morceaux passaient à la radio [Sourire].

Vers 91-92, j’ai vraiment commencé à écouter du hip-hop à la maison avec EPMD, Public Enemy… C’est la rencontre avec DJ Mehdi en 1992 qui m’a vraiment lancé. Ensuite, il y a eu la découverte de Illmatic, le premier album de Nas. C’est vraiment un disque qui nous a mis dans l’écriture, dans la construction de thématiques autour des morceaux, dans le son… On avait déjà créé Different Teep mais c’est Illmatic qui nous a donné l’impulsion pour nous organiser plus sérieusement. On était beaucoup plus brouillon avant la sortie de cet album. Ce disque nous a poussé à nous structurer.

A : Comment s’est faite la rencontre avec Mehdi ?

M : Cut Killer m’a dit qu’il connaissait un jeune compositeur qui lui avait envoyé une maquette. On s’est rencontré via son intermédiaire. Mehdi faisait déjà du son chez lui avec son 4 pistes et c’est ce qui nous a permis d’enregistrer nos toutes premières maquettes. C’était nos tout premiers pas dans le rap parce qu’à l’époque on n’avait pas moyen d’aller dans des studios. C’était trop cher et, de toute façon, on ne savait même pas où c’était, comment enregistrer… On n’avait aucune notion de tout ça.

A : Même s’il n’y en avait pas beaucoup, est-ce que les albums de rap français qui sortaient à l’époque pouvaient vous motiver ?

M : A l’époque, il y avait NTM mais c’était déjà beaucoup trop gros pour nous. « Ils enregistrent dans des studios immenses, ils font la première partie de Madonna« … Il n’était pas question que l’on se compare à eux même si on les écoutait. On essayait plutôt de savoir comment ils en étaient arrivé à sortir des disques. En faisant des maquettes, des scènes… On voulait emprunter ce chemin pour se faire connaître.

A : C’est à cette époque là que tu rencontres Mista Flo et Lil Jahson 

M : C’est en 91. Mista Flo habitait à Orly où il y avait des après-midi dansantes tous les samedi à la MJC. Tout le monde se rencontrait et on savait qui rappait, qui venait de quel quartier… Ça a duré pendant deux ans. A l’époque, je touchais un peu à tout : danse, graffiti, rap

A : A quel moment se forme le groupe Posse Ideal ?

M : Le Posse Ideal se forme quand on créé Different Teep et qu’on découvre Kery James en 92 qui habitait juste à côté de la MJC. On y était un mercredi en train de répéter et d’écrire nos textes. La salle était fermée quand j’entends frapper. Là, je vois un petit black d’1 mètre 25 avec un calepin dans les mains [Rires]. « Bonjour, j’écris des textes de rap« . On est tous un peu surpris et on lui demande de nous montrer un texte. « Nan, mettez un son et je vais le rapper ». On a mis un instru et il a commencé à débiter ses textes. On lui a dit de venir tous les mercredi et il a répondu présent. Ensuite, on a vu un deuxième jeune, un troisième et on s’est dit que ça serait bien de les mettre ensemble et de former un groupe de petits. A partir de là, ils se sont appelés Ideal et on était tout le temps ensemble.

A : On entend souvent que Kery avait quelque chose de plus que les autres dès le début. Tu l’as senti ?

M : Oui parce que Kery était quelqu’un de super fort à l’école quand il était jeune et il lisait beaucoup de bouquins. Son père était instruit et l’a poussé à s’intéresser à ça. Kery était déjà en avance par rapport à ça et tous ses textes étaient déjà très engagés. Ça nous étonnait et on se demandait si c’était vraiment lui qui écrivait ses textes ! [Sourire] On se disait qu’il était vraiment au-dessus.

Pour le tester et être sûr qu’il était bien l’auteur de ses textes, on lui disait de revenir la semaine d’après avec un texte fini sur un thème précis… Et il revenait avec son texte ! Il était trop fort, il ne fallait pas le lâcher.

A : A l’époque, il y avait un côté très « rap parisien » et vous étiez du Val-de-Marne. Comment avez-vous réussi à faire parler de vous à l’extérieur de votre département ?

M : La radio, les concerts… On a fait les festivals qui se tenaient à Porte de la Villette et Ideal J avait également fait la première partie de NTM au Palais des Sports. A partir de là, le public a commencé à s’élargir et on a eu de la demande à Paris mais également en province.

A : Est-ce que tu peux nous refaire l’histoire de la structure Alariana ?

M : C’est une structure qui est apparue en 1995. Tout ce qui a été fait de 1992 à 1995 se faisait via une association que l’on avait montée avec Mehdi. C’était le moyen de recevoir des subventions pour enregistrer des maquettes et aller en studio et c’est grâce à ça qu’on a pu faire La route est longue, le premier maxi de Rohff « Appelle-moi Rohff », le premier maxi de Karlito, le premier EP de 113 Ni barreaux ni frontières en collaboration avec Alariana. Ca s’est fait via l’oncle de Mehdi à l’époque qui avait une plus grosse structure. A partir du moment où on a décidé de sortir des disques à l’échelle nationale, il fallait que l’on passe par une plus grosse structure et l’association ne suffisait plus. On leur a fait confiance et on entretient une relation familiale depuis une quinzaine d’années.

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